Panorama

Arts multimédia et numériques
Steve Gerges_Cronos_©Gerges
Arts multimédia et numériques

Arts multimédia et numériques

Le secteur des arts numériques et multimédia au Luxembourg

Spoiler Alert : un secteur des arts numériques et multimédia au Luxembourg n’existe pas (encore), en tout cas si on entend par secteur un champ artistique et économique clairement structuré et défini.

Mais même si beaucoup de lignes de code sont encore à écrire dans le développement d’un tel secteur, il existe une utilisation bien réelle de technologies nouvelles et d’outils numériques parmi certain.e.s artistes luxembourgeois.es dans leur travail de création. Pour certain.e.s toute leur pratique artistique se fonde sur des technologies, pour d’autres c’est le projet qui définit si des technologies, et lesquelles, sont utilisées. Or, il faut admettre que rares sont aujourd’hui celles et ceux qui s’affirment être “artiste en arts numériques”. Est-ce une conséquence ou une raison de l’absence d’un secteur ?

Sans vouloir prétendre à l’exhaustivité, cet article est un premier essai de présentation des arts au Luxembourg que l’on peut qualifier d’arts numériques et multimédia : de ses acteurs, dates et lieux clés.

La première partie couvrira donc une période assez large, de 1996 à 2021, pour donner une vue d’ensemble des tendances parmi les artistes luxembourgeois à intégrer les technologies nouvelles dans leurs pratiques respectives.

Dans la deuxième partie seront brièvement présentées les principales subventions actuellement disponibles pour des projets multidisciplinaires intégrant différentes technologies.

Dans la dernière partie sont listés quelques formations scolaires et extrascolaires disponibles au Luxembourg pour toute personne désirant se former en technologies servant à une finalité artistique et/ou désirant acquérir un bagage théorique sur le sujet des arts numériques et multimédia.

Un premier état des lieux : des années 1990 à nos jours

Le VJing et le Mapping :

Tout commença avec deux cassettes VHS et des images mixées et temps réel sur un écran. La foule n’avait jamais vu pareil. On était en 1996 et la scène se passait à Hollerich dans la salle de concert Den Atelier. L’homme derrière la table de mixage vidéo s’appelle Paul Schumacher (né 1965) et sera connu plus tard sous son nom d’artiste Melting Pol. Le VJing a vu son apparition au Luxembourg et a vite trouvé d’autres adeptes comme le collectif Visual Delight mené par Steve Gerges qui deviendra un acteur important dans les arts numériques au Luxembourg.

Inspiré des fêtes de techno qu’il fréquentait à Bruxelles, Melting Pol a commencé à mixer de plus en plus fréquemment ses vidéos, souvent filmés “on the spot”, à des évènements comme le Open Air Party au lac d’Echternach qui deviendra, sous le nom de e-Lake Festival, un pilier de la musique électronique du pays. En se bataillant souvent avec les techniciens de scène qui submergeaient les projections vidéo de lumières et de fumée, Paul s’est pourtant frayé un chemin en organisant sa propre série d’évènements, les Melting Sessions où il réunissait musiciens et artistes autour de sessions d’improvisation visuelles et sonores. En 2010 il a fait son premier mapping, c’est-à-dire une projection vidéo ou graphique sur un bâtiment qui s’adapte et intègre l’architecture de celui-ci, qui est entretemps devenu son image de marque sous lequel le connaît le grand public. Il n’existe pratiquement aucun évènement de mapping au Luxembourg où le nom de Melting Pol n’apparaît pas sur l’affiche.

Un autre artiste fasciné par des projections vidéo à grande échelle est Steve Gerges (né 1976). Gerges s’est fait un renom dès 2009 en accompagnant le groupe de musique Artaban sur scène avec des projections vidéo. Ses créations visuelles inspirées de la science-fiction, de l’exploration de l’espace et thématisant les rapports entre humains et machine ont trouvé d’autres formes d’expression par la suite : des installations interactives comme LAN 1.0 (2014, Carré Rotondes) et LAN 2.0 (2015, Rotondes, dans le cadre du cycle loop), le mapping vidéo immersif Cronos (2016, dans le cadre du Luxembourg Light Nights), la sculpture de lumière dynamique (2017, dans le cadre de Multiplica) ainsi que la sculpture audiovisuelle générative ONE (2019, Galerie Indépendance).

Steve Gerges Multiplica_Rise of the machines_ ©Sven Becker

Les années 2000, le net art et Second Life :

En 2006, la Galerie Dominique Lang à Dudelange a invité le 19 janvier au vernissage de l’exposition collective [ observe_adapt_direct ]. Dans les installations Direct I et Direct II de l’artiste Sneja_D (née 1971) l’entrée en salle des visiteur.euse.s déclenchent via des capteurs de mouvement des séquences de vidéos de nus qui étonnaient et qui faisaient rire. Diplômée d’un Master en Digital Arts du Camberwell College of Arts /UAL, Sneja Dobrosavljevic explore dès 2006 l’environnement virtuel Second Life pour ses créations et développera avec la pièce joinmein50years (2013) une des rares pièces de net art du Luxembourg.

Pit Vinandy (né 1960) connu par le grand public sous le nom de Cyber Piper et dont la réalisatrice multimédia Beryl Koltz a dressé le portrait dans son film Strangers in the Night (2011) a également utilisé l’environnement Second Life pour ses créations. Un de ses derniers projets en date, la promenade virtuelle Pfaffenthal 1867, peut toujours être consulté sur le site web du Lëtzebuerg City Museum.

Une première reconnaissance nationale et internationale d’artistes luxembourgeois dans le domaine des arts numériques :

Une exposition qui peut être de considérée comme évènement culturel pionnier au Luxembourg* est AFK (Away From Keyboard) (Curatrice : Margherita Balzerani), présentée du 29 janvier au 1er mai 2011 au Casino Luxembourg - Forum d’art contemporain. L’artiste luxembourgeoise Laura Mannelli (née 1980) et le Collectif Atopia composé d’elle-même, de Frederick Thompson et de Kanika Langlois, sont à l’origine de cette exposition collective qui atterrit en quelque sorte comme un ovni dans la scène culturelle luxembourgeoise, provocant admiration mais aussi une certaine mécompréhension de la part de la critique journalistique locale. Avec un certain recul, AFK (Away From Keyboard) est par contre une importante première proposition artistique collective qui traitait des réalités virtuelles, une thématique chère aux arts numériques, non seulement en présentant des œuvres virtuelles dans une institution culturelle luxembourgeoise mais en entamant une réflexion sur ces nouvelles réalités propres à notre ère.

Les réalités virtuelles et leur fusion avec nos vies, disons biologiques, sont aussi des thèmes auxquelles l’artiste Laura Mannelli s’intéresse dans son œuvre. Cette diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Mallaquais est une véritable artiste de la génération Y. Ayant grandi lors des décennies de l’histoire récente qui ont connues les principales étapes de la révolution numérique, allant de la démocratisation des ordinateurs dans les années 1980 au développement des réseaux sociaux dans les années 2000, sa pratique se situe aujourd’hui au croisement des arts plastiques, des arts du spectacle, des réalités virtuelles, du film, du jeu vidéo et de l’architecture.

*: Retenons également l’exposition China Power Station : Part III qui a eu lieu du 26 avril au 15 septembre 2008 au Mudam Luxembourg – Musée d'Art Moderne Grand-Duc Jean dans laquelle la vidéo, et surtout les nouvelles technologies ont eu une première importante plateforme d’exposition au Luxembourg.

C’est à Paris que l’artiste a co-fondé en 2008 l’association Human Atopic Space (HAS), ensemble avec Pierre Cornette de Saint Cyr, Margherita Balzerani et Frederick Thompson. Pendant les cinq ans de son existence ce collectif a entamé “une recherche où les réalités virtuelles sont soit au cœur des processus de création, soit vecteurs d’une réflexion qui les engage” en créant des projets culturels qui ont notamment été accueillis à la Cité des Sciences et de l’Industrie, à la Géode, ou à la Gaîté Lyrique à Paris.

Le travail artistique le plus ambitieux qu’on a pu à ce jour découvrir sur le territoire luxembourgeois est sans doute l’installation The Promises of Monsters. Le prologue, une installation de réalité virtuelle intitulée Near Dante Experience, a été exposé aux Rotondes dans le cadre de la quatrième Triennale de la Jeune Création tandis que le deuxième volet qui l’a suivi a été exposée du 20 octobre 2017 au 02 février 2018 dans la Galerie Indépendance dans le cadre de la Bourse Indépendance - Bourse de création et de diffusion en arts numériques dont Mannelli a été la lauréate en 2017.

Sa première exposition solo a aussi été un nouveau tremplin vers l’étranger pour Laura Mannelli : suite à la Galerie Indépendance, The Promises of Monsters a été présentée en 2018 au Centre des arts à Enghien-les Bains en résonance avec des œuvres de Gast Bouchet et de Nadine Hilbert sous le titre de As above so below / Sur la terre comme au ciel (curateurs : Kevin Muhlen, Emmanuel Cuisinier). En 2019, l’installation Near Dante Experience a fait partie de la programmation du L.E.V. Festival à Gijón, en Espagne.

Un deuxième artiste qui a vu assez tôt dans sa carrière ses oeuvres exposées dans les lieux d’art contemporain parmi les plus importants du pays est Eric Schockmel (né 1982). En 2008, le Mudam a acquis ses deux oeuvres Syscape # ELO et Circuit I (Syscapes) qui ont été présentées lors des expositions collectives ELO. Inner Exile – Outer Limits (2008, commissaire : Christian Mosar) et I’ve dreamt about (2011, curatrice : Marie-Noëlle Farcy). En 2014, le Casino Luxembourg - Forum d’art contemporain lui a ouvert ses caves pour une installation vidéo répartie sur plusieurs écrans, intitulée Macrostructure.

Le langage visuel de ce Motion Designer de formation (Schockmel détient un Master en Communication Design de Central Saint Martins et une licence en design graphique de l’École de Recherche Graphique) est grandement inspiré de la science-fiction et de l’aspect esthétique du design de technologies. Cette première source d’inspiration l’a sûrement aussi poussée vers son dernier projet artistique en date : Tuning Into The Future (2019), un documentaire sur la vie et l’œuvre Hugo Gernsback, natif de Bonnevoie et père la science-fiction moderne.

L’œuvre de Schockmel qui se compose essentiellement de vidéos animées et d’animations pour des projets en réalité virtuelle a eu à ce jour une importante diffusion internationale, notamment à la transmediale à Berlin, à l’Ars Electronica Animation Festival, à l’Art Basel | Miami Beach, Vimeo FRAME programme et à l’Athens Digital Arts Festival.

Un développement conséquent des expériences de réalité virtuelle :

Une étape essentielle dans l’effervescence de projets artistiques utilisant la réalité virtuelle (VR) a été l’initiative du Film Fund Luxembourg de soutenir financièrement des projets dits “transmedia”. Dans la première moitié des années 2010, le Film Fund recevait de plus en plus de demandes de financement de la part de producteurs qui mentionnaient un nouveau médium de narration : les casques de réalité virtuelle et toutes les technologies de création y rattachées (logiciels de modélisation et d’animation 3D, moteurs de jeu, langages de code, la création sonore en 3D, voire de nouveaux systèmes de caméras).

Le duo Markiewicz & Piron ont aussi été parmi les premiers à réaliser les nouvelles possibilités narratives de la réalité virtuelle. Karolina Markiewicz (née 1976) a étudié les sciences politiques, la philosophie et le théâtre et travaille comme metteuse en scène de cinéma et de théâtre. Pascal Piron (né 1981) a étudié les arts visuels et travaille comme artiste et réalisateur. La collaboration artistique entre Markiewicz et Piron qui débuta en 2013 crée des liens entre le cinéma, les arts visuels et le théâtre. On leur doit entre autres les très remarqués documentaires vidéo Les Formidables (2014) et Mos Stellarium (2015).

La découverte des possibilités de la VR commence pour Markiewicz et Piron avec la participation en 2017 au VR Creators’ Lab organisé par le Bayerischen Filmzentrum à Munich. Ce qui les attire au final vers cette technologie et ce moyen d’expression est le fait que l’on peut situer une œuvre dans un espace qui devient partie intégrante de la narration. L’expérience VR se concentre également sur le/la participant.e, sur ses choix et réactions, ce qui rajoute un degré d’intimité entre spectateur.rice et sujet.

Les expériences de réalité virtuelle interactives de Markiewicz & Piron ont été sélectionnées pour de nombreux festivals : Fever (2019) figurait dans les compétitions officielles du VR Arles Festival et du Virtual Worlds à Munich, Sublimation (2019) a célébré sa première à la 76eme Mostra de Venise - Venice Virtual Reality.

My identity is this expanse, l’expérience pour laquelle le duo a collaboré avec une des artistes pionnières de la réalité virtuelle, Tamiko Thiel, a été récompensée avec le Best Immersive VR Award au festival Cinequest de San José aux Etats-Unis. L’installation fera partie de l’exposition Stronger than memory and weaker than dewdrops qui aura lieu au Casino Luxembourg en automne 2021.

L’impression 3D, un outil de création liant passé et futur :

Serge Ecker (né 1982) est le premier artiste au Luxembourg à utiliser une imprimante 3D à des fins artistiques, ceci dès 2008. Il se considère lui-même comme un chercheur, quelqu’un donc qui est en quête permanente de lieux, objets et d’histoires oubliés. Son œuvre est un constant va-et-vient entre le matériel et le virtuel, ce qui fait la singularité de cet artiste protéiforme qui combine savoirs-faire anciens et nouvelles technologies dans de nombreux de ses projets.

Formé en animation 3D et en effets spéciaux, Ecker s’est rapidement fait un nom avec ses installations Forget the names, let’s talk about the numbers (2015) et Handle with Care (2015). En 2016, il a présenté, ensemble avec Claude Ballini, Daniel Grünkranz et Panajota Panotopoulou l’intervention in situ Tracing Transitions au pavillon luxembourgeois de la Biennale d’architecture de Venise. Il fait partie de l’association DKollektiv qui œuvre pour une préservation et une réévaluation participative du patrimoine sidérurgique de la ville de Dudelange.

Une œuvre illustrant bien la démarche créative de Ecker est le projet Humpen (2015), réalisé en collaboration avec Misch Feinen (né 1982). À partir de photos numériques d’un pot de scories (Humpen, en luxembourgeois), Ecker a retravaillé avec plusieurs logiciels les données visuelles ainsi obtenues pour en créer un modèle tridimensionnel. Ce modèle a été produit par une imprimante 3D, puis remis à la fonderie Massard de Kayl qui en a créé un moule de coulée. L’objet final, une version en miniature du “Humpen”, crée un lien entre la matière et le numérique, entre l’artisanat et l’utilisation de technologies nouvelles. Cette interdépendance est au cœur de la réflexion de Ecker dont l’œuvre démontre que l’idéologie de l’effacement de l’ancien par le nouveau, le soi-disant progrès, souvent véhiculée par les nouvelles technologies vaut la peine d’être questionnée.

L’œuvre de Ecker fait partie des collections du Mudam Luxembourg – Musée d'Art Moderne Grand-Duc Jean, du CNA-Centre National de l’Audiovisuel, du ministère de la Culture, du Lëtzebuerg City Museum, des Rotondes, de la Ville de Luxembourg et de la Ville d’ Esch-sur-Alzette.

Fever © Markiewicz-Piron

Le Casino Luxembourg - Forum d’art contemporain, le Pavillon Réalité Virtuelle / VR Day et le festival Multiplica :

C’est en mars 1996, que le Casino Luxembourg - Forum d’art contemporain a ouvert ses portes au 41, rue Notre Dame. Dans une des premières expositions, Arrêt sur images (1996, curateur : Enrico Lunghi), le public découvrait déjà parmi les artistes invité.e.s. une des figures éminentes des arts multimédia : l’américain Tony Oursler (né 1957). En tant que forum d’art contemporain, le Casino est devenu au fil des années un lieu important non seulement de création mais aussi lieu de médiation d’échange et d’apprentissage sur les arts multimédia, arts vidéo et les arts numériques, notamment avec les cycles de conférences Mardis de l’art et le Forum arts, médias et société.

Deux autres évènements qui peuvent être considérés comme des étapes importantes dans la découverte des arts et cultures numériques par un public plus large sont certainement le Pavillon Réalité Virtuelle / VR Day et le festival biennal Multiplica des Rotondes :

Le premier Pavillon Réalité Virtuelle a été présenté au public le 1er mars 2017 lors du Luxembourg City Film Festival. Initié par des fondateurs de la société de production audiovisuelle a_BAHN et du festival, en partenariat avec Digital Luxembourg et Film Fund Luxembourg, cette programmation artistique d’un genre nouveau a dès le départ réussi son pari : sensibiliser le public luxembourgeois les nouvelles possibilités narratives, sensorielles et esthétiques qu’offrent les technologies de la réalité virtuelle (VR). Au programme de cette première édition étaient également des interventions et des rencontres avec des professionnels d’une industrie naissante lors du VR Day, le volet pro de cette rencontre autour de la réalité virtuelle.

En 2018, le Film Fund Luxembourg a repris les rênes du projet pour en faire un rendez-vous incontournable du paysage culturel du pays, et bien au-delà, car des artistes internationaux et professionnels du secteur sont au rendez-vous à chaque édition. Des coopérations comme celles avec le Centre Phi à Montréal se sont aussi intensifiées au fil des ans, ouvrant ainsi les portes aux productions luxembourgeoises vers un marché international.

En 2017 a eu lieu la première édition du festival biennal Multiplica au centre culturel Rotondes qui en est aussi l’initiateur. Pendant les deux premières éditions, en 2017 et 2019, le festival a présenté une programmation multidisciplinaire dont le but était d’explorer les possibilités créatives et artistiques qu’offrent les outils numériques et les technologies nouvelles. Dans une ambiance décoincée et “hands-on” pour laquelle ce centre culturel est connu, le public a pu découvrir non seulement en tant que spectateur, mais aussi en tant que participant actif lors d’ateliers, certaines des nombreuses bifurcations artistiques et créatives que l’on peut regrouper sous le terme d’arts numériques.

En 2021, le festival a pris une nouvelle direction artistique par rapport aux éditions suivantes en privilégiant une interrogation de l’influence des technologies nouvelles sur notre société, à travers des propositions artistiques ou des rencontres avec des spécialistes des cultures numériques.

Un regard vers le futur : la Capitale européenne de la culture 2022, Esch-sur-Alzette, Pro-Sud et la CCPHVA

Le 22 février 2022 sera inaugurée la Capitale européenne de la culture Esch2022 qui comptera notamment une riche programmation d’expositions et de projets en arts numériques.

La “Möllerei” à Esch-Belval accueillera ainsi des expositions organisées en collaboration avec trois des plus éminentes institutions dans le domaine des arts numériques et nouveaux médias :
- le ZKM I Zentrum für Kunst und Medien de Karlsruhe (curateur·rice·s : Prof. Peter Weibel & Dr. Anett Holzheid),
- le HeK - Haus der elektronischen Künste à Basel (curateur.rice.s : Sabine Himmelsbach et Boris Magrini)
- l’Ars Electronica de Linz, Autriche (curateur.rice.s : Martin Honzik et Laura Welzenbach).

De nombreux autres projets transdisciplinaires, impliquant divers.es artistes et institutions luxembourgeoises, verront également le jour dans le cadre d’une Capitale européenne de la culture qui misera fort sur les arts numériques. Avec ces projets, l’organisation d’Esch 22 poursuit plusieurs objectifs : proposer des clés de compréhension des arts numériques pour un public le plus large possible, susciter de l’intérêt auprès du public pour ce genre programmation, créer un réseau entre institutions et artistes luxembourgeois et des partenaires internationaux et laisser ainsi un fondement pour des collaborations artistiques futures.

Le soutien financier public des arts numériques et multimédia

Le fait qu’on ne puisse pas encore pas encore parler d’un secteur établi se reflète également dans les moyens de financements publics mis en œuvre. Il n’existe actuellement aucune institution culturelle et aucun programme de subventions ou de résidences qui sont spécifiquement dédiés aux arts numériques ou multimédia. Les années récentes ont vu naître, et disparaitre aussitôt, la Résidence pour artiste en arts numériques au Bamhaus (Lauréate 2017 : Nora Wagner) et la Bourse Indépendance - Bourse de création et de diffusion en arts numériques (Lauréat.e.s : Laura Mannelli en 2017 et Steve Gerges en 2019) initiés par le Fonds culturel national Luxembourg - FOCUNA en collaboration avec l’a.s.b.l. Bamhaus, respectivement avec la Fondation Indépendance.
Or, même si des subventions spécifiques sont actuellement absentes il existe d’importants financements publics pour lesquels des projets d’arts numériques et multimédia peuvent être soumis :

Ministère de la Culture

Le ministère de la Culture propose des subsides pour la réalisation de projets culturels au Luxembourg destinés aux associations, particuliers, ainsi qu’aux collectifs, groupes ou ensembles d’artistes qui ne sont pas regroupés sous la forme juridique d’une association dans différents domaines comme les arts visuels, la création audio-visuelle et le spectacle vivant. Des projets pluridisciplinaires y peuvent également être soumis.

Pour plus de renseignements : mc.gouvernement.lu

Fonds culturel national Luxembourg - FOCUNA

Les aides financières du FOCUNA, entre autres celles dédiés au domaine des arts visuels, peuvent s’appliquer à certains projets d’arts numériques et multimédia.

Pour plus de renseignements : focuna.lu

Film Fund Luxembourg

Avec ses nombreuses aides financières le Film Fund soutient à côté des productions cinématographiques et d’animation également des projets de réalité virtuelle. Le Film Fund attribue aussi des bourses ponctuelles à des personnes désirant participer à des festivals à l’étranger qui programment des projets de réalité virtuelle ou désirant se former à l’étranger dans ce même domaine.

Pour plus de renseignements : filmfund.lu

Se former en arts numériques au Luxembourg

Comme dans la plupart des domaines professionnels du Luxembourg, le chemin de la formation mène vers l’étranger, sans pour autant dire qu’un diplôme en arts numériques est l’unique clé vers une pratique artistique utilisant des nouvelles technologies.

Si on regarde de plus près les curriculums des artistes luxembourgeois.es présentées dans la première partie de l’article, on constate plusieurs choses. Premièrement, chacun.e possède son bagage de formations (souvent universitaires) bien individuel, allant du motion design aux sciences politiques. Deuxièmement, l’auto-formation joue un rôle important : outre les ateliers de formation ponctuels, les collaborations avec d’autres artistes et créatifs leur ont amenés de nouveaux savoir-faire et compétences. Et dernièrement, beaucoup ont développé leur propre réseau de personnes leur permettant de mettre en place des équipes de spécialistes nécessaires à la réalisation de projets multidisciplinaires.

Il existe néanmoins au Luxembourg un petit nombre de formations scolaires et extrascolaires qui permettent d’acquérir certaines compétences très prisées dans la réalisation et la conceptualisation d’un projet artistique utilisant différentes technologies nouvelles.

Brevets de Technicien Supérieur / Lycée des Arts et Métiers, Luxembourg

- BTS game programming and game design
- BTS game art and game design
- BTS dessin d’animation

Adressés à des étudiants voulant intégrer les secteurs du jeu vidéo et de l’animation, ces trois BTS développent des compétences techniques et artistiques qui peuvent également être utiles pour des projets artistiques travaillant avec des technologies de réalité virtuelle ou d’immersion, voire pour d’autres projets multimédia.

Où se renseigner : btshub.lu

Makerspaces / Bee Creative

Le Luxembourg possède un vaste réseau de makerspaces, qui sont des lieux de création ou les jeunes peuvent créer leurs propres outils digitaux.

Initiée durant l’année scolaire 2015/2016 par le Service National de la Jeunesse, on compte entretemps une bonne vingtaine de lycées qui possèdent des makerspaces, à côté du Base 1, situé au Forum Geeseknäppchen à Luxembourg-ville, qui est ouvert au grand public, et de plusieurs autres installés dans des maisons relais et écoles fondamentales. À quand la génération d’artistes qui aura fait son entrée en matière dans un de ces lieux ?

Lieux de formation : bee-creative.lu

Où se renseigner : bee-creative.lu

Alin&Art / Lycée Aline Mayrisch, Luxembourg

Cette initiative de Claire Flammang, enseignante en arts au Lycée Aline Mayrisch, est une formation volontaire pour les élèves de ce lycée qui vaut la peine d’être mentionnée. Depuis 2013, le temps d’un weekend en décembre, une vaste panoplie d’ateliers encadrés par des artistes nationaux et internationaux est proposée aux élèves inscrit.e.s. Si cette courte formation n’est pas spécialisée en arts numériques ou multimédia, elle leur accorde pourtant une place importante.

Où se renseigner : facebook.com/artcapsuleLAML

Forum arts, médias et société / Casino Luxembourg

Initié en 2019 par le Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain en collaboration avec l’Université du Luxembourg, Forum arts, médias et société est un cycle de conférences qui est à recommander à toute personne et artiste intéressée par la question de la présence des médias et des technologies dans l’art contemporain et dans notre société.

Lieu de formation : Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain

Où se renseigner : casino-luxembourg.lu

Yves Conrardy, juin 2021